Quand
je commence à peindre, il n’y a que ma toile et moi, de
petits pinceaux délicats et la musique, qui m’aide à voyager
dans d’autres sphères de la pensée humaine.
Mes peintures naissent et s’épanouissent longuement au fil
du temps.
Dans chacune, sommeillent deux saisons.
La lumière y change constamment, il y fait parfois froid,
parfois très chaud.
Mes toiles mûrissent comme des fruits, mais je suis la seule
à savoir quand leur temps s’est accompli.
Dans ma création, la précipitation est bannie, il y a de la
concentration, du travail et de la joie qui créent en moi
une force
inouïe. Il n’y a que l’homme qui
compte, sa beauté intérieure et physique, les deux en
relation étroite, me semble-t-il.
Je lis si clairement dans la peinture ancienne, grâce à la
sensibilité humaine et au talent des artistes de l’époque,
la beauté de la nature et du monde.
Ces artistes anciens ont vécu des joies, des drames, ils ont
été entourés par les êtres importants pour eux, et en même
temps ils ont su dialoguer avec le passé.
C’est cette capacité à vivre dans le présent et à dialoguer
avec le passé qui est l’essence même de ma propre vision
artistique.
- Magda
Snarska
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Ses
femmes... elles sont souples, sveltes, subtiles.
Distinguées et recueillies. Leur élégance est simple ;
leur beauté un peu triste. Ou plutôt mélancoliques ;
d’une manière douce et féerique. Elles ont les petits
yeux, les fronts hauts et lisses, gothiques. Les lèvres
et les profils évoquent la Renaissance. Les cheveux sont
souvent cachés sous une capeline qui fait penser à un
bonnet moyenâgeux, mais pas si somptueux ni cher quoique
plus noble. Les cous sont longs, les épaules fines et
escarpées. Comme chez Joanna Cennani ou Simonetta
Vespuci.
Les robes sont couleur de vermillon, carmin, brun et
vert. Elles sont simples , mais portées avec une grande
dignité, une dignité naturelle comparable à celle avec
laquelle Ludovic Tornabuoni se promenait à l’intérieur
de Santa Maria Novella.
Les mains sont grandes, les doigts longs. Autrefois, on
les appelait aristocratiques. Même s’il vaut mieux dire
que ces mains ont été crées pour tenir un instrument de
musique ou une tige fragile de fleur, de lisser un pli
invisible et soyeux. Ou bien parfois, cela arrive d’une
manière naturelle et désinvolte, pour être suspendues en
l’air. Elles deviennent immobiles dans un air
transparent, couleur bleu-miel juste un instant, si
court et éphémère que le battement des ailes de
papillon. Un instant fugitif , mais difficile et sage
comme l’éternité. Ces moments-là sont faits pour écouter
une mélodie douce de luth ou bien une mélodie de nos
propres pensées. Ils sont faits pour parler avec nous
même, notre âme, avec les anges. En fait, les anges,
distingués, recueillis et subtils, sont les meilleures
compagnons de ces femmes. Elles mêmes, viennent d’une
grande famille illustre qui descend de la lignée de
Beatrice et de Laure. Elles sont les sœurs cadettes, les
amies, les cousines de Cecilia Gallerani, Vittoria
Colonna, La Fornanina et Lavinia Vecellio, toute cette
pléiade de grandes dames de Milan, de Florence, Venise
ou Anvers. Elles sont aussi les sœurs de cette déesse
magnifique, vêtue d’une robe verte cousue par vent, qui
est descendue un jour du ciel et incarnait une simple
bourgeoise sur les ailes d’un autel cracovien en bois de
tilleul. Elles abritent les palais et les cathédrales,
le monde de silence harmonieux et de calme nerveux.
Récemment, je les ai trouvées sur les toiles de Magda
Snarska.
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Katarzyna Młynarczyk
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